J'ai grandi dans les tissus. Ma grand-mère, d'origine italienne, cousait pour toute la famille : robes de mariée, chemises, maillots. Enfant, je la suivais chez les marchands d'étoffes et devant les vitrines de haute couture. Elle savait reproduire n'importe quelle robe. Elle m'a cousu celles de Chantal Goya, puis, plus tard, celles des grands couturiers, que nous réinventions ensemble.
À sept ans, j'ai été invitée à mon premier mariage marocain. Nous avons choisi avec elle l'étoffe, la couleur, chaque détail. Une couturière m'a fait le caftan de mes rêves. Je l'ai toujours gardé.
Pendant dix ans, j'ai exercé un autre métier, que j'ai aimé passionnément : thérapeute de la famille et du couple, et doula. J'ai accompagné des centaines de familles. Mais je n'ai jamais cessé de créer des tenues, pour moi et pour mes proches.
Puis la vie m'a imposé une pause, loin du Maroc. À mon retour, un soir de mariage, plusieurs femmes m'ont demandé la robe que je portais. Mon mari m'a dit : « Tu le fais déjà. Il faut seulement lui donner un nom. »
Ce nom s'est imposé tout seul : Ardya, « ma terre » en arabe. Un mot pour dire mes racines et ma double culture, franco-marocaine.
Les premières pièces ont été Camélia et Jasmin : le Maroc, mais à porter au restaurant, en voyage, au quotidien. Elles sont toujours nos modèles signatures.
Très vite, les mariées nous ont demandé plus que leur tenue : les nappes du traiteur, les paniers brodés du hammam, les pochons, les éventails. La maison est entrée naturellement dans la Maison.
Nous fabriquons dans notre atelier, avec des artisans que je connais tous personnellement, et avec notre atelier partenaire de Fès pour les caftans les plus travaillés. Chaque modèle naît après plusieurs prototypes, créés ensemble. Nous refusons l'usine, même si elle coûterait moins cher.
Je ne crée rien que je ne porterais pas moi-même, rien que je ne mettrais pas chez moi, rien que je ne pourrais pas transmettre à ma fille. Rien parce que c'est tendance.
La gentillesse, l'humilité et la générosité sont les valeurs que je veux transmettre à mes enfants. Ce sont aussi celles de la Maison.
Sabrine, fondatrice de Maison Ardya